lundi 29 août 2016

L'immortalité, une fausse bonne idée

L'immortalité est à la mode. A en croire certains soi-disant "transhumanistes", c'est ce que nous promet l'intelligence artificielle à plus ou moins brève échéance, en tout cas dans le courant de ce siècle. Au train où vont les progrès dans ce domaine, nul doute que nous n'assistions à des choses étonnantes qui rendront plus difficiles à définir que jamais les notions d'identité et d'humanité. Par exemple si je transfère pièce à pièce, neurone après neurone, organe après organe, chaque élément de ce qui fait mon identité dans un clone humain ou machine, à supposer que cela soit théoriquement fondé et pratiquement possible, ce double de moi sera-t-il encore moi? Et si je me clone ainsi à plusieurs reprises, lequel sera le "vrai" moi? Ces questions ont-elles seulement un sens? Tout cela ressemble fort à une variante high-tech de la parabole du Bateau de Thésée, et nos transhumanistes ne répondent ni plus ni moins que les philosophes anciens aux questions difficiles sur la permanence et l'identité que pose cette histoire.
Mais aucun de ces rêveurs ne semble aborder vraiment la question de comment nous vivrons pratiquement cette immortalité, à supposer qu'on y parvienne. Prolonger indéfiniment la vieillesse est une perspective peu réjouissante ... Non, l'immortalité ne vaut le coup d'être vécue que si elle est assortie d'une éternelle jeunesse. Mais si je reste indéfiniment jeune, et que les autres autour de moi vieillissent et meurent, me voilà condamné à la solitude. Je verrai tous mes proches disparaître, et leurs enfants, et les enfants de leurs enfants pour les siècles des siècles. Pour nos utopistes qui ont tout prévu, le problème ne se posera pas car tout le monde deviendra immortel. Tout le monde, vraiment? Les 10 milliards d'humains qu'on prévoit pour la fin de ce siècle? Ou seulement quelques heureux et fortunés élus? Soyons fous et acceptons l'immortalité généralisée, mais alors ce ne sera pas 10 mais 15 ou 20 milliards d'immortels à nourrir à la fin du siècle si la natalité se maintient. Mais peut-être que lorsque tout le monde sera immortel deviendra-t-il superflu, et à terme peut-être même interdit de se reproduire pour des raisons de ressources limitées?
On voit bien à quelles absurdités on arrive dans tous les cas de figure. Non, décidément, tout seul ou tous ensemble, aucune de ces hypothèses d'immortalité ne semble tenir la route. D'ailleurs, si l'immortalité était une bonne stratégie, la vie l'aurait certainement inventée et sélectionnée depuis longtemps. Or depuis des milliards d'années l'évolution et le maintien de la vie sur notre planète a réussi à travers toutes sortes de cataclysmes grâce à une stratégie totalement opposée. Pour que l'espèce survive et évolue, les individus doivent mourir et être remplacés par d'autres, et pour que la vie continue, les espèces elles-même évoluent puis disparaissent, laissant la place à d'autres mieux adaptées.
Soyons modestes. Nous avons les moyens techniques de conserver vivante pour longtemps la mémoire de ceux qui furent à travers des supports de plus en plus variés. Aussi, à nos transhumanistes je conseillerais volontiers de simplement faire de leur vie quelque chose qui mérite qu'on s'en souvienne. C'est une recette éprouvée pour la seule forme d'immortalité qui semble en valoir la peine, la mémoire des autres.

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